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OH BONDAGE, UP YOURS ! // Stupre n° 1

(Texte paru dans Stupre n° 1) 

OH BONDAGE, UP YOURS !

par Pierre Mikaïloff

Le punk et le sexe… C’est la seule question qui n’ait pas encore été trop rebattue, au sortir d’une année 2007 passée en commémorations diverses (auxquelles j’ai apporté ma modeste part).

Bien sûr, Malcolm McLaren et Vivien Westwood ont bâti leur réputation, à défaut de fortune, sur le bondage. Leur magasin s’appelait " Sex " et sa déco était censée évoquer l’intérieur d’un vagin. Mais au-delà de l’imagerie, qu’en était-il ?

J’ai mené mon enquête, en commençant par Eric Débris, fondateur de Metal Urbain. Eric se souvient de cette faune interlope qui assistait à ses premiers concerts, attirée par la réputation sulfureuse des petits punks. Beaucoup parmi les hipsters de l’époque (en gros, les filles et fils de bonne famille de la génération précédente, ex-mods, ex-hippies et ex-soixante-huitards) espéraient que les adolescentes en tenue bondage allaient tenir toutes leurs promesses. En route pour la rue Princesse ou la rue Sainte Anne, lieux des festivités parisiennes, en ces temps reculés, ces branchés s’arrêtaient un moment au Palais des glaces pour voir le Clash ou au Chalet du Lac pour le premier concert des Sex Pistols et repartaient déçus : les concerts punks ne finissaient pas en orgie !

Pas toujours... Il y a tout de même cette scène, dans ce film interdit, Accélération punk, où ce qui est montré à l’écran ne peut qu’être qualifié d’orgie. Une orgie punk, menée tambour battant par les Stinky Toys, à la Valstar et au speed.

Hélas, ces bacchanales déglinguées furent sans lendemain et il faudrait attendre l’ouverture du Palace pour, à nouveau, s’éclater sexuellement (presque plus que dans les sixties, selon certains). Mais ceci est une autre histoire.

L’auteur punk puise son inspiration dans la frustration. Il est probable que le Howard Devoto qui écrit Orgasm Addict, pour les Buzzcocks, en 1976, est encore vierge. De même que Sid Vicious quand il rencontre Nancy Spungen. Quand à la timidité de Johnny Rotten avec les filles, elle était tout simplement légendaire.

La plupart du temps, les codes SM ne sont pas assumés. Les filles portent des tenues bondage, colliers de chien, bas résilles, minijupes en vynile, juste parce qu’elles trouvent ça joli. Bien sûr, ce jeu d’images est souvent source de malentendus.

Patrick Eudeline m’a raconté son platonique après-midi avec Siouxsie, lors de sa première visite à Paris, avec le Bromley Contingent – un " groupe d’agitateurs vestimentaires " qui accompagnaient les Sex Pistols dans leurs déplacements. La Siouxsie Sioux d’alors est une ex-gamine boudeuse, qui a très tôt imaginé ce dérivatif à l’ennui d’une enfance middle class : les " mini-orgies du mercredi ". Organisées dans le salon du pavillon familial, elles permettaient à tout un chacun de se familiariser avec des pratiques aussi diverses que le sexe, la drogue ou le rock’n’roll.

Mais si, lors de cette première visite à Paris, Siouxsie fut désespérément sage, elle le sera moins, quelques années plus tard, face à ce journaliste du NME auquel elle indiquera explicitement qu’elle ne voyait pas d’inconvénient à ce que l’interview prenne un tour moins conventionnel. La pièce comportait-elle une cheminée crépitante et un tapis de fourrure ? On ose le croire.

C’est pour les minorités sexuelles que le punk rock va jouer pleinement son rôle de briseur de tabous.

Parce qu’il fait sien le slogan situ, " jouir sans entraves ", le punk permet aux filles de se tenir par la main ou de se rouler des pelles pendant les concerts. Tandis que sous la plume d’un Alain Pacadis, cette nouvelle scène a tendance à ressembler à un fantasme gay.

Après avoir évoqué ces quelques aspects de la sexualité punk, comment ne pas mentionner un écueil sur lequel se brisèrent les plus louables efforts de luxure de ses protagonistes : la nature des drogues consommées. Héroïne pour les moins fortunés – qui aurait envie de baiser après un fix ? – et speed pour les autres – le problème du speed étant qu’il retarde indéfiniment l’éjaculation.

Le mot de la fin restant à Poly Styrene (délicieuse chanteuse de X-Ray Spex et auteur du fameux Oh Bondage, Up Yours !) :

Bind me, tie me

Chain me to the wall

I wanna be a slave

To you all

(Liez-moi, attachez-moi

Enchaînez-moi au mur

Je veux être une esclave

Pour vous tous)

Pierre Mikaïloff

(Le numéro 2 de la revue Stupre est en vente.)

7.10.08 23:36


LA FACE CACHEE DES ANNEES 1980 sur MCM & Virgin 17 (30 juin & 11 juillet)

Diffusion du documentaire de François-Olivier Nolorgues

LA FACE CACHEE DES ANNEES 1980

Avec : Jacno, Daniel Darc, Valli, Pierre Mikaïloff, Eric Dahan, Jérôme Soligny, Arnold Turboust, Jacques Attali, Sébastien Tellier…

" Coke, sida, clips, FGTH, Palace, fric, guerre froide, Lynn Drums, DX7, Jack Lang, attentats visuels et sonores en tout genres (Cindy Lauper, Sting, Madonna, Dire Straits)…

C'ETAIENT LES EIGHTIES ! "

Le 30 sur MCM à 0h30

Le 11 juillet sur Virgin 17 à 23h30

30.6.08 19:40


Pierre Mikailoff - Cherchez le garçon, un pari impossible ?

Pierre Mikailoff - Cherchez le garçon, un pari impossible ?

Par Thierry The Civil Servant • jeu 12 juin 2008 • Categorie: Littérature, Musique

sortie janvier 2008 (eh oui on n’est pas en avance&hellip

C’est l’histoire d’une gageure, d’une vraie, presque jamais tentée1. Et il faut une certaine dose d’ego, de courage, de folie, d’inconscience pour s’y jeter.
Pensez donc, écrire un livre sur une chanson…
Juste une chanson, dix lignes de textes, un riff de synthé, des guitares en arrière, presque trop timides, une batterie métronomique et une voix qui psalmodie et susurre plus qu’elle ne chante. Mais c’est aussi l’histoire d’un hit, qui à l’orée de la décennie quatre-vingts fut une divine surprise. Quoi ? Il y aurait du rock français à grande écoute, qui ne soit pas uniquement le fait de Trust et Téléphone, ces fac-similés, talentueux certes, mais… surtout doués dans la reproduction, et qui squattent les magazines et les antennes depuis déjà, combien, deux ans, trois ans, une éternité en cette époque où les groupes succèdent aux groupes, les mouvements aux mouvements, les modes aux modes depuis, ma foi depuis soixante-seize. L’histoire d’un hiatus aussi, d’une déchirure entre la chanson et le tube, entre l’objet initial et ce qu’en fera la société. Qui dure encore, jusqu’à la Star Academy qui chante Cherchez le garçon.
Toute l’histoire d’un tube inattendu. D’un formidable malentendu aussi, entre l’image que projette le groupe d’alors, jeunes gens modernes, novo visions, et cold wave, quand Daniel Darc et les siens ne rêvent que de bottes de motards, de Jimmy Dean et de Nathalie Wood. Malentendu que maladroitement, fiévreusement, Darc s’emploiera à lever durant deux décennies, lui l’amoureux de Cash. Folsom Prison Blues qui ouvre ce livre d’ailleurs, et Pierre Mikailoff qui avoue humblement qu’il ne sait (savait) pas la jouer.
Mais…

Non ce n’est pas ça. Il faut reprendre.

 

 


C’est l’histoire d’un livre qui fixe une époque, la fin des années soixante-dix et l’aube des quatre-vingts, et un lieu, le Rose Bonbon, les deux intimement liés dans l’histoire du rock parisien.
Une époque d’abord, celle d’un giscardisme croupissant comme les eaux de l’étang où l’on retrouve Robert Boulin ; dont l’éclat se ternit à mesure que luit celui des diamants offerts au président. Quand la jeunesse, pour oublier l’ennui, danse sur le volcan du précaire équilibre nucléaire, rendu encore plus chancelant par l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée Rouge qui vaudra à l’Union Soviétique le boycott de ses jeux olympiques, malgré les rodomontades de Georges Marchais interviewé depuis Moscou en direct sur la Une. Le moment où en France des soldats perdus de l’extrême gauche, une poignée, va basculer dans la violence politique. Des gens que Darc ou Sinclair reconnaissent avoir fréquentés de près ; une attitude qui eusse pu être la leur, si…
Et le Rose Bonbon, tanière de leur manager, base arrière du groupe qui y joue plus qu’à son tour, y répète les après-midi, y vit. Boite de la branchitude, ce qui bien sûr ne peut qu’accentuer ce malentendu plus haut décrit et envenimer les relations entre Paris et le reste de l’hexagone. Et Taxi Girl c’est Paris ; même si plus tard ils l’écriront M.E.R.D.E., rien ne leur sera pardonné en raison de leur origine.
Mais…

Non, ce n’est pas encore ça. Il faut reprendre.

C’est l’histoire d’un livre qui retrace le parcours d’un groupe de rock’n'roll, depuis la rencontre au lycée jusqu’à cette tournée usante en Grande Bretagne, où dans des conditions dantesques, ils ouvrent pour les Stranglers.
Et Mikailoffde rappeler que derrière chaque combo qui tutoie le succès, il y a le Malin, déguisé en manager. Qui dans cette histoire s’appelle Alexis, travaille au Rose Bonbon, est dans Paris plus connu que bien des groupes et décide un jour de s’occuper de Taxi Girl. Au départ, selon les dires de Darc, à la condition qu’ils virent leur chanteur et prennent à la place Tristan Nada des Guilty Razors… Et, autre condition, qu’au long de tous ces mois, ils ne viennent pas jeter l’oeil sur sa « comptabilité », lui qui roule carrosse alors qu’ils empruntent les premiers métros au terminus des soirées.
L’histoire d’un groupe qui accumule les mauvais choix, les manques de chance, les mauvais coups, au figuré, mais aussi au propre, comme lors de ce festival à Nogent qui pour eux se clôture avant d’avoir débuté, nez cassé et autres contusions dans les bagages. Qui perd ses membres un à un, comme une peau de chagrin (toujours ces histoires de pactes), l’un parce qu’il « veut jouer du rock mais pas le vivre », l’autre parce qu’il veut jouer juste un peu trop avec la dope et en meurt.
Mais…

Non ce n’est pas que cela.
En fait c’est tout ça à la fois l’histoire de Cherchez le Garçon racontée par Pierre Mikailoff. Un lieu, une époque, des attitudes et des odeurs, une chanson qui en est le réceptacle. Bande magnétique d’où s’échappe un soupir, écran géant où s’impriment des yeux qui se ferment et une goutte de sang. Cherchez le garçon.
L’auteur choisit pour ce faire une narration impressionniste, brossant ce portrait polymorphe touches par touches, en suivant, autant que faire se peut, l’ordre chronologique mais pas au point de se sentir tenu par lui.
Une collection de nouvelles en fait, genre où il excelle bien sûr, qui mises bout à bout peignent cette époque, ce groupe et ce titre. Le tout agrémenté d’illustrations dessinées par Gabriel Gay, un peu à la manière de celles qui égayaient nos premiers livres quand on était gosses, Club des Cinq ou Michel. Et de phrases définitives sur le rock and roll : « Parce que le rock and roll à la base n’est rien d’autre que cela : de jeunes hommes qui se regardent dans la glace ».
Alors, d’où vient-il ce sentiment d’inachevé, cette sensation que tout n’a pas été dit lorsqu’on ferme le livre. Peut être l’ouvrage a-t’il au fond les défauts de ses qualités. A ne pas vouloir y toucher, à n’approcher le sujet que par bribes entrelacées, Mikailoff prend le risque de ne s’adresser qu’à ceux qui ont vécu cette histoire, de très près ou de loin qu’importe, et qui entretiennent avec la chanson et avec Taxi Girl une relation qui n’est pas que musicale ; le risque de perdre les autres, trop jeunes ou trop absents à l’époque pour savoir ce qu’il en était vraiment de cette France-là, de ce groupe-là et de cette chanson-là. Il ne vous prendra pas par la main Mikailoff, non il livre sur le quai et c’est à vous de trier, de vous débrouiller de l’intrigue, des personnages et de comprendre l’histoire. C’est “voilà ce que je sais, c’est déjà énorme, débrouille toi avec”, grosso modo.
Et puis peut être ce livre eut-il mérité plus qu’une entrevue avec Darc et Sinclair, aussi complète soit-elle. Le point de vue de Mirwais, voire celui de Stéphane Erard, le premier à quitter le groupe (quelqu’un sait-il seulement ce qu’il advint de lui, après Taxi Girl ?), eussent servi d’utile contrepoint comme de complément. Ce groupe étant trop complexe et constitué de trop d’individualités pour n’en pas tirer partie lorsqu’on entreprend d’en narrer l’histoire.
Mais c’était une gageure, un pari insensé, presque jamais tenté. A vous de voir si Pierre Mikailoff l’a relevé. J’ai l’impression que oui.

Cherchez le garçon - Pierre Mikailoff - Editions Scali - 270 pages - 22€

Site officiel de Taxi Girl

1. Si, il y eut aussi ce Moi et Bobby McGee de Laurent Chalumeau[↩]

13.6.08 13:37


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